lundi 23 novembre 2015

Du désir d'enfant

« L’irrésistible désir de naissance » dont parlait le Dr René Frydman en 1986 est devenu depuis quelque temps le « DROIT À l’enfant ». Homosexualité, stérilité ne « doivent » plus être des obstacles, tous et toutes « doivent » pouvoir bénéficier des capacités de reproduction dont jouissent les femmes grâce à ce qui a pris pour nom la procréatique.

Volonté acharnée de maîtrise du vivant, de mécanisation et de robotisation toujours croissantes de l’être humain? Question d’éthique ? Certes, mais bien plutôt, d’abord et primant tout, question de féminisme, question du traitement des femmes par la société.

C’est probablement au néolithique, c’est-à-dire à l’époque où l’élevage des animaux était passé dans les mœurs, que l’observation de leur comportement a conduit à découvrir le rôle du sexe masculin dans l’engendrement. Depuis, sexualité et procréation se sont de plus en plus dissociées – au point de penser de nos jours qu’il suffisait, pour se reproduire, de fournir en spermatozoïdes et en ovocytes le ventre d’une femme, quelle qu’elle soit. Une femme pauvre, bien évidemment, qui, moyennant finances, aura ainsi loué à autrui son utérus et neuf mois de sa vie afin de mener à terme la fabrication d’un enfant qu’il lui faudra impérativement remettre dès sa naissance à ses clients, sans même avoir le droit de l’embrasser. Ces mères porteuses ont vite été captées par des entreprises spécialisées dans la mise en place du bonheur des aspirants-parents. Est-il utile de le préciser? Ces firmes, qui se proclament armées des meilleures intentions du monde (ce sont en fait celles dont l’enfer est pavé), réalisent des bénéfices énormes, car le commerce d’enfants est vite devenu très lucratif.

On n’est pas loin du mythe – ou faut-il parler du fol espoir ? – de l’homme enceint, un thème courant dans bien des cultures traditionnelles, et qui se poursuit aujourd’hui avec l’irruption des dits transgenres. C’est pourtant l’évidence même pour qui veut bien voir que le roi est nu : on a beau se maquiller et porter bas, robe longue et boucles d’oreilles, on n’en est pas moins physiologiquement homme (et allaiter un poupon tout en portant ostensiblement une barbe bien fournie ne change rien au fait d’être physiologiquement femme).

Bref, l’homme n’a eu et continue à n’avoir de cesse que de chercher à s’accaparer, à s’approprier ce qu’il n’a pas mais que possède la femme. On arrivera sûrement à se passer de nos ventres (la recherche sur les incubateurs, les couveuses artificielles et autres substituts va bon train), on ne pourra jamais se passer de nos ovules. (On peut par contre se passer du sperme : quand bien même, par la parthénogenèse, ne peuvent naître que des filles, après tout, pourquoi ne pas aspirer à un monde peuplé majoritairement de femmes ?)

Il y a plus grave. De plus en plus se manifeste la volonté de passer commande d’un enfant parfait, un enfant sur mesure : ne sont pas loin les lebensborn mis en place par le régime nazi, et les prétentions de l’eugénisme. Serait-il déplacé de rappeler qu’il existe des institutions comme l’adoption, ou le parrainage ?

Tout aussi préoccupante sinon plus est la question du « DROIT DE l’enfant ». Un droit menacé. Or nous, féministes, nous nous devons de protéger cet être qui, bien souvent et en dépit des nombreux accords internationaux signés de par le monde, est à la merci des adultes.

Pendant la grossesse, des liens s’établissent entre le fœtus et la mère. Le futur bébé est sensible aux sons, à la parole – ce qui prépare le terrain à son apprentissage du langage; ainsi, des comptines entendues alors et répétées lorsqu’il prend sa tétée accélèrent les battements de son cœur, etc. Bref, quelles traces la vie in utero laisse-t-elle sur la psyché de l’enfant? Et plus tard, lorsqu’il sera en quête de son identité, comment ne pas lui répondre qu’on l’a acheté au Grand Marché des Enfants? Etc., etc. Autant de points à approfondir avant d’aller plus loin : nous n’avons pas le droit d’hypothéquer ainsi l’avenir d’un être humain.

La chose est claire : les hommes n’auront de cesse qu’ils se seront approprié le processus complet de la reproduction. Question d’éthique ? Bien plutôt, d’abord et avant tout, question de féminisme. Car le monstre entrepreneurial, néolibéral et patriarcal est en train de siphonner toute notre féminine « substantifique moelle ».

Andrée Yanacopoulo, PDF Québec

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