L'invitée d'Andrée




Mon invitée aujourd'hui :
Carole Lamoureux


Professeure de littérature depuis une quinzaine d'années, Carole Lamoureux voit dans l’enseignement une voie privilégiée qui lui permet de faire connaître l'écriture des femmes et ce qui les motive à se définir par la création.



La femme qui fuit : l’impardonnable

Dans ce roman écrit par Anaïs Barbeau-Lavalette, il y a pourtant une photo de gens réels, de personnes ayant existé, certaines existent encore. Une belle petite famille : Marcel Barbeau, Suzanne Meloche, Mousse et François.

Et puis, le parcours du texte nous indique que la silhouette de mère sur la photo disparaît. Un vide, une tache, une tare qui participent maintenant de cette personnalité que fut Suzanne Meloche, et que sa petite-fille, mère à son tour, revendique. Ce portrait créé par la narratrice-autrice, est sans conteste celui d’une femme qui fuit mais qui n’a pas été foutue de se rattraper...

Marcel, lui, était libre, ensemble avec ses toiles, agitant son pinceau sur les ailes de l’oiseau rouge de Suzanne. Dans le couple, l’artiste, c’est Lui. Il n’incarne pas cet être en fuite, qui laisse derrière lui sa progéniture. N’a-t-il pas fait œuvre de création ? Tableaux exposés, admirés, vendus à travers le monde. Barbeau est un nom qui a laissé des traces. Suzanne Meloche, elle, s’est défilée devant le grand modèle à incarner : la MÈRE. Et l’autrice-narratrice de dire : « Je suis libre ensemble, moi ». Une sentence qui en dit long sur cette soi-disant toute-puissance qui vient avec la maternité. Qui peut brandir devant ses semblables l’étendard de cette plénitude sans mélange sans se faire Dieu ?

Suzanne Meloche est celle qui a retiré sa signature du Refus global, qui a quitté mari et enfants, a voyagé seule, ne s’est établie nulle part.

Une femme en quête... à qui son identité suspendue en avant d’elle a servi d’élan. Elle fut poète automatiste. La première. Une pionnière. Pas suffisant pour se racheter. Et ce testament où elle inscrit le nom de sa fille et de sa petite-fille. Cette dernière s’en souviendra.

La femme qui fuit est un roman qui se tisse autour de l’absence d’une mère – de son œuvre destructrice : le refus Suzanne Meloche.

Ce n’est pas une signature, ce n’est pas une consécration, une récompense, un hommage pour le travail accompli. C’est une chape de plomb pour immobiliser, stabiliser cette femme-anguille. La délivrer du Mal qui l’obsède : la maternité. En parlant de sa mère (Mousse), la narratrice-autrice dira : « Elle deviendra peut-être normale. Une femme, avec une mère enterrée ».

Abandonner ses enfants. Aucune raison ne peut assainir le geste. Il faut donc l’enterrer dans les entrailles de la terre, la terre de sa fille abandonnée avec les paroles de sa petite-fille, grande prêtresse de sa nouvelle venue au monde.

« Je suis libre ensemble, moi ». La narratrice-autrice le martèle comme une litanie. C’est l’enfant qui comble la béance des bras tendus. Ni la toile, ni la page blanche : que d’ailleurs, Suzanne délaisse sans se retourner, une fois le geste assouvi. Pas de nom, pas de toit, pas d’enfants. Des errances, des amants, beaucoup d’encens pour la prière à Bouddha. Et la solitude.

« Je suis libre ensemble, moi ». Voilà une sentence sans droit de réplique. Qu’à cela ne tienne, ce fut un non pour Suzanne Meloche. Une conscience après-coup de l’impuissance féminine face à l’enfantement qui vampirise. Suzanne Meloche. Enterrée. Poussière enfouie.

Que l’on se souvienne de son refus. Global.

Ainsi soit-elle.

La femme qui fuit, Anaïs Barbeau-Lavalette, éditions Marchand de feuilles, 2015, 378 pages.

Carole Lamoureux


























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